Les contraintes éthiques

Les licences libres et open source, si elles sont avant tout des contrats, revêtent en sus une portée affective étrangère aux licences classiques, « propriétaires ». En effet, le rattachement de chaque licence à une communauté développe souvent une façon de penser la « liberté » sous-tendue. Il est donc utile de comprendre l'histoire et l'esprit propre à chaque communauté, afin, au besoin, de relativiser sa portée lors d'une simple utilisation de la licence concernée.

Les Licences Libres, un choix éthique ?<

Quels sont les critères qui entrent en compte pour opter pour une licence libre ? Réciproquement, opter pour une licence libre est-il nécessairement un choix éthique ? Notre objectif est de présenter et d'exposer les licences libres, de les vulgariser.

Peut-être connaissiez-vous auparavant l'existence des Licences Libres. Et peut-être connaissez-vous aussi l'historique des Licences Libres, et de leur montée en puissance. Ainsi, auriez-vous entendu parler de R.M.S< (Richard Matthew Stallman), Linus Torvald<, et autres personnages emblématiques.

Certainement, vous connaissez — au moins de nom — le système d'exploitation Linux, les logiciels Firefox, Thunderbird, OpenOffice.org, le serveur Apache, et les bases de données MySQL. Pensez-vous que ce qui stimule un développeur à proposer une application sous Licence Libre soit forcément une choix éthique ?

C'est possible. Opter pour une licence libre peut impliquer des valeurs de libertés, d'équité, de partage et d'entraide.

Parallèlement, pourquoi des sociétés, grandes ou petites, développent-elles aussi sous licence libre leur logiciel ? On peut citer OpenOffice.org développé sous GNU LGPL< grâce au soutien de Sun<, Mozilla Firefox auparavant développé par Netscape et libéré sous triple licence MPL<-GNU GPL<-GNU LGPL<, MySQL développé par MySQL AB sous licence GNU GPL<, mais ce sont loin d'être les seuls. Aujourd'hui, le logiciel libre est présent dans tous les secteurs, et on trouve dans pratiquement chacun d'entre eux des sociétés qui investissent : avec par exemple Bull, IBM, Sun, Google, pour les plus grandes sociétés.

On retrouve également des Sociétés de Services, qui développent — adaptent — pour leurs clients des solutions « sur mesure », Linagora, Cap Gemini par exemple. Mais entre les deux, il y a des sociétés de bien plus petite structure, qui développent pour leur propre usage ou pour leur client des logiciels sous licence libre. Dans les interviews réalisés par l'équipe de VVL, vous trouverez notamment celles de OpenAguila< et de Factux<.

Toutes ces sociétés sont-elles purement philanthropes, produisant du Logiciel Libre pour l'éthique ? Probablement pas. Ces sociétés développent et conçoivent des logiciels libres pour des raisons diverses et variées, simplement pour continuer d'exister pour certaines, pour obtenir des nouvelles parts de marché pour d'autres. Bref, pour des raisons avant tout économiques (au sens de l'économie de marché) pour la plupart.

Quels peuvent être les critères retenus pour choisir une licence libre pour son logiciel ?<

Choisir sa licence libre en fonction de ses propres convictions<

Si vous avez parcouru l'ensemble de ce site, vous devez certainement avoir une idée du type de licence qu'il vous faut. Vous savez quel type de licence convient pour votre logiciel, suivant les différentes contraintes qui se posent devant vous, et les libertés que vous désirez octroyer aux utilisateurs de votre logiciel. Ce chapitre a pour objectif de vous aider à choisir plus en avant la licence qui vous conviendra en fonction de vos propres convictions, de vos valeurs.

Pour commencer, il va sans dire que ce n'est pas une obligation : vous pouvez très bien être fixé sur un type de licence et opter pour une licence totalement au hasard, entre différentes licences de même portée. Mais nous sommes ici pour vous aider à mieux faire votre choix, à bien cerner les différences parfois subtiles entre les licences.

Certaines licences sont très connotées communautaires et pourraient représenter aux yeux de certains un frein dans leur choix. C'est tout du moins l'idée qui mena à la création de l'Open Source Initiative< (OSI) en 1998, en opposition à la Free Software Foundation< (FSF). Quand la FSF parlait de logiciels libres, l'OSI parlait alors de logiciels ouverts. Quand la FSF parlait de philosophie, l'OSI parlait de pragmatisme. Quand la FSF parlait de communautés, l'OSI parlait d'entreprise. L'OSI s'attaquait alors à un marché commercial en proposant une démarche adaptée aux entreprises, décideurs et investisseurs. Comme outil principal de cette approche, l'OSI développa la licence OSL< (Open Source License), permettant de développer des logiciels libres, au même titre que la GNU GPL<, mais sans la portée philosophique de celle-ci. Rédigée de manière très juridique et défendue par des personnes en costumes-cravates pour des entreprises, l'OSL< est résolument tournée vers le monde du travail.

De l'eau a depuis coulé sous les ponts et aujourd'hui, les deux courants ne s'opposent plus aussi frontalement. De fait, la frontière séparant le logiciel libre et le logiciel dit Open Source n'a plus de raison d'être (la très grande majorité des logiciels libres sont open source, et vice-versa), et seules des polémiques largement sémantiques subsistent encore. L'adoption de la GNU GPL< par un grand nombre de projets, y compris commerciaux, ainsi que la solidité juridique de cette licence (démontrée par différents procès impliquant des violations de la licence) a largement mis fin au débat.

Je recherche une licence pour une utilisation stratégique et commerciale<

Si vous recherchez une licence qui puisse véritablement intégrer une vision stratégique, il vous faut vous orienter vers une licence qui vous permette de délimiter précisément les possibilités d'utilisation et de modification du logiciel. Dans ce cas précis, il est préférable d'utiliser une licence de type copyleft.

Opter pour une licence de type copyleft stricte vous permettra de développer une stratégie simple : aucune modification de votre logiciel ne pourra être apposée à celui-ci sous licence propriétaire. Toute modification devra être placée sous la même licence. Ceci étant dit, il y a plusieurs approches possibles, suivant le type de logiciel développé et la politique commerciale envisagée.

Utiliser une licence de type copyleft strict, à l'instar de la licence GNU GPL< appliquée à MySQL par MySQL AB, vous permet de proposer une double licence à vos clients à bon escient : d'un côté vous donnez l'autorisation à tous d'utiliser, de modifier et de redistribuer votre logiciel selon les termes d'une licence libre, de l'autre vous pouvez offrir le même logiciel, contre licence propriétaire et dont les modifications apportées ne seront pas automatiquement répercutées dans la version libre.

Nous pouvons également développer le cas d'OpenOffice.org, développé sous licence GNU LGPL<. Ainsi, toute modification du cœur du logiciel doit se faire sous la même licence GNU LGPL. Le logiciel OpenOffice.org a toutefois ceci d'intéressant qu'il est possible d'y apporter des modifications annexes sans que celle-ci ne doivent obligatoirement être déposées sous la même licence. Ce fut longtemps le cas par exemple du correcteur orthographique et grammatical d'OpenOffice.org, fourni séparément de l'application sous licence propriétaire.

Je recherche une licence pour une utilisation communautaire<

Si vous souhaitez réellement que votre création puisse profiter à un maximum de personnes, on ne saurait trop vous conseiller d'utiliser des licences très connues (du type GNU GPL, LGPL, etc.) — quitte à ce qu'elle ne soit qu'une option d'une double licence (OSL/GNU GPL par exemple) — et/ou très permissive afin de favoriser la compatibilité de votre code avec celui de la communauté (pour rappel, a minima les auteurs seront cités et la mention de copyright< conservée).